Vous l’attendiez, ce moment.
Enfin une soirée sans obligation.
Un week-end sans programme.
Quelques heures où, théoriquement, vous pourriez ne rien faire.
Vous vous installez sur le canapé, bien décidée à profiter de cet instant de calme.
Et puis…« Il faudrait quand même que je réponde à ce mail. »
« Tant que j’y suis, je pourrais lancer une machine. »
« Je devrais peut-être profiter de ce moment pour appeler ma mère. »
« Et si je rangeais ce placard ? »
Dix minutes plus tard, vous êtes debout.
Et lorsque, exceptionnellement, vous restez assise, votre corps s’arrête… mais votre tête, elle, continue de courir.
Vous pensez à ce que vous avez oublié, à ce que vous devez faire demain, à ce qui pourrait mal se passer, à cette conversation d’il y a trois jours, à votre travail, à vos enfants, à votre avenir…
Vous aimeriez vous détendre. Mais quelque chose en vous semble incapable de lâcher.
Et si le problème n’était pas que vous ne savez pas vous détendre ?
Et si vous aviez, au contraire, appris à ne jamais vraiment baisser la garde ?

Se détendre paraît simple.
Après tout, il suffirait de ralentir, de respirer, de prendre un bain, de méditer, de partir en week-end ou de regarder une série sous un plaid.
Sur le papier, impeccable.
Dans la réalité, certaines personnes peuvent être allongées sur une plage paradisiaque avec le bruit des vagues en fond sonore… tout en réfléchissant mentalement à leur liste de choses à faire lundi matin.
Parce que le repos du corps ne suffit pas toujours à provoquer le repos intérieur.
Pour réellement se détendre, il faut pouvoir ressentir, même inconsciemment : « Je peux arrêter de contrôler. Rien de grave ne va arriver. Je peux relâcher ma vigilance. »
Or ce sentiment de sécurité intérieure n’est pas évident pour tout le monde.
Certaines personnes ont appris très tôt que pour que les choses se passent bien, il fallait anticiper, prévoir, contrôler, être utile, faire attention aux autres ou rester constamment en mouvement.
Avec le temps, ce fonctionnement devient automatique. On ne se dit plus : « Je dois rester vigilante. ». On est vigilante.
Certaines personnes vivent avec une sorte de moteur intérieur qui ne s’arrête jamais vraiment.
Il faut avancer.
Faire.
Résoudre.
Organiser.
Prévoir.
Une tâche terminée ? Parfait. Le cerveau en trouve immédiatement une autre.
Ce fonctionnement peut d’ailleurs être très valorisé socialement.
Vous êtes probablement celle sur qui on peut compter.
Celle qui anticipe.
Celle qui gère.
Celle qui trouve des solutions.
Et pendant longtemps, cela peut même être une force.
Le problème apparaît lorsque vous ne savez plus sortir de ce mode, même lorsqu'il n'est plus nécessaire.
Votre journée est terminée, mais intérieurement vous êtes toujours « au travail ».
Personne n’a besoin de vous, mais vous cherchez ce qu’il reste à faire.
Il n’y a aucune urgence, mais votre cerveau continue à fonctionner comme s’il devait en trouver une.
Le mécanisme qui vous a permis d’être efficace peut alors devenir celui qui vous empêche de souffler.
C'est une question très intéressante.
Parce que derrière l’incapacité à se détendre se cache parfois une croyance beaucoup plus profonde : « Je dois être productive pour avoir de la valeur. »
Lorsque notre estime de nous-mêmes s’est construite autour de ce que nous faisons, de ce que nous réussissons ou de ce que nous apportons aux autres, ne rien faire peut devenir étonnamment inconfortable.
Vous vous reposez… mais une petite voix intervient : « Tu pourrais quand même faire quelque chose d’utile. »
Et voilà comment une heure de repos se transforme en une heure de repos avec culpabilité intégrée.
Autrement dit : vous ne vous reposez pas vraiment.
Il peut alors être intéressant de se demander :
Qu’est-ce que cela dit de moi, selon moi, lorsque je ne fais rien ?
Suis-je paresseuse ?
Égoïste ?
Inutile ?
Pas assez courageuse ?
En train de perdre mon temps ?
La réponse révèle parfois beaucoup plus que notre rapport au repos. Elle révèle notre rapport à notre propre valeur.
Il existe une autre fonction, plus discrète, de l’hyperactivité quotidienne.
Faire permet parfois de ne pas ressentir. Tant que la journée est remplie, l’attention est tournée vers l’extérieur.
Les dossiers.
Les enfants.
Les rendez-vous.
Les courses.
Les problèmes à résoudre.
Mais lorsque tout s’arrête, il reste… soi.
Et le silence peut faire remonter ce que l’agitation permettait jusque-là de maintenir à distance.
Une insatisfaction.
Une solitude.
Une inquiétude.
Une question professionnelle que l’on repousse depuis des mois.
Une relation qui ne nous convient plus vraiment.
Ou simplement cette impression difficile à définir que quelque chose ne va pas, sans savoir exactement quoi.
Dans ce cas, ralentir ne crée pas le malaise. Ralentir permet simplement de l’entendre.
Il existe également des personnes qui anticipent en permanence.
Et si j’oublie quelque chose ?
Et si ça se passe mal ?
Et si quelqu’un a besoin de moi ?
Et si je prends du retard ?
Cette anticipation peut donner une illusion de sécurité : « Si j’ai pensé à tout, rien ne pourra me surprendre. »
Le contrôle devient alors une manière de se protéger de l’incertitude.
Mais il y a un prix à payer : le cerveau ne reçoit presque jamais le message indiquant que la surveillance peut s’arrêter.
Même lorsque tout va objectivement bien, intérieurement quelque chose reste en attente du prochain problème.
C’est épuisant.
Et surtout, cela explique pourquoi se dire simplement « allez, détends-toi ! » fonctionne rarement.
C’est un peu comme demander à quelqu’un de s’endormir en lui répétant :« DORS. MAINTENANT. »
Étonnamment, la pression n’aide pas beaucoup.
Méditation, respiration, yoga, cohérence cardiaque, sport, promenades…Toutes ces pratiques peuvent être très utiles.
Mais lorsqu'une difficulté à se détendre est liée à un mécanisme plus profond, elles peuvent parfois agir davantage sur la manifestation du problème que sur son origine.
On peut apprendre à ralentir sa respiration sans comprendre pourquoi le silence nous met mal à l’aise.
On peut faire vingt minutes de méditation puis repartir immédiatement dans une journée vécue en hypervigilance.
C'est pourquoi, avant de chercher uniquement comment vous détendre, une autre question peut être intéressante :
Qu'est-ce qui m'empêche de me sentir suffisamment en sécurité pour relâcher ?
C'est là que l'exploration devient différente.
L’objectif n’est pas de passer brutalement de « je contrôle tout » à trois heures de contemplation du plafond.
Votre cerveau risquerait de déposer une réclamation.
Il s’agit plutôt de lui apprendre progressivement qu’il est possible de ralentir sans danger.
Vous pouvez commencer par observer ce qui se produit lorsque vous vous arrêtez.
Que ressentez-vous ?
De l’impatience ?
De l’anxiété ?
De la culpabilité ?
Du vide ?
L’impression de perdre votre temps ?
Puis observez les pensées qui apparaissent.
« Je devrais… »
« Il faut que… »
« Je n’ai pas le droit de… »
Ces petites phrases sont précieuses : elles donnent souvent accès aux règles invisibles avec lesquelles nous avons appris à vivre.
Essayez ensuite de vous accorder de très courts moments sans objectif. Pas pour « réussir à vous détendre ». Simplement pour expérimenter : « Pendant dix minutes, je n’ai rien à accomplir. »
Et observez ce qui se passe.
Prenez quelques minutes et essayez de répondre spontanément :
Cette dernière question est souvent essentielle. Parce qu’un mécanisme n’apparaît généralement pas par hasard.
Il a pu être utile.
Il a peut-être même été nécessaire à une période de votre vie.
Mais ce qui nous a protégés hier n’est pas toujours ce dont nous avons besoin aujourd’hui.
C’est aussi pouvoir arrêter, momentanément, d’avoir à tenir.
Ne plus anticiper.
Ne plus résoudre.
Ne plus être indispensable.
Ne plus avoir besoin de mériter son repos.
Et parfois, derrière la phrase : « Je n’arrive jamais à me détendre » se cache une question beaucoup plus profonde : « Pourquoi ai-je toujours l’impression que je dois rester en contrôle pour que tout aille bien ? »
C’est souvent en comprenant ce qui a construit ce fonctionnement que l’on peut commencer à s’en libérer.
Pas en devenant quelqu’un d’autre. Mais en apprenant que l’on peut désormais fonctionner autrement.
Si vous avez l’impression d’être constamment en tension, de toujours devoir faire quelque chose ou de ne jamais parvenir à réellement déconnecter, nous pouvons explorer ensemble ce qui entretient ce fonctionnement.
Dans mon approche, je ne cherche pas seulement à vous apprendre à « mieux gérer votre stress ».
Nous cherchons à comprendre ce qui se joue derrière lui : votre histoire, vos croyances, vos mécanismes de protection, vos besoins et la manière dont ils influencent encore votre vie aujourd’hui.
Parce qu’avant de chercher à changer, il est parfois essentiel de comprendre.
Si cet article fait écho à ce que tu traverses et que tu ressens le besoin d'être accompagné(e) pour comprendre ce qui t’empêche de vraiment relâcher et retrouver plus de sérénité au quotidien, je serai heureuse de t'accompagner.
Article rédigé par Véronique Lefevre
Thérapeute Spécialiste des Transitions de vie - RéVL